L’Angélus : petit rappel historique et liturgique.

A l’occasion de la fête de l’Annonciation, célébrée le 25 mars, rappelons ce qu’est la prière de l’Angélus.

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L’Angélus est une prière de la tradition de l’Eglise latine qui honore l’Incarnation du Verbe de Dieu, et la participation de la Bienheureuse Vierge Marie à Son œuvre de salut.
Cette prière se récite trois fois par jour : le matin, à midi et le soir. Elle se compose de trois antiennes, extraites des Evangiles de Saint Luc et de Saint Jean, suivies chacune d’un Ave Maria – « Je vous salue Marie » – (voir la note en bas de page), et elle se termine par une oraison adressée à Dieu le Père.

Ce nom d’Angélus vient du premier mot latin de cette prière. Au temps pascal, c’est-à-dire depuis la fin de la Vigile Pascale jusqu’au samedi de l’octave de Pentecôte inclus, il est remplacé par le  Regina caeli.

Il est convenable de sonner trois coups de cloche lors de la récitation des trois versets, puis trente-trois coups – ou bien une volée – lors de la récitation de l’oraison.
Cette prière fut longtemps nommée « Pardon » en raison des nombreuses indulgences que les Souverains Pontifes avaient attachées à sa récitation, et ce n’est finalement qu’au milieu du XVIIe siècle que le nom d’Angélus a prévalu en France ; en Italie on parle habituellement tout simplement de l’Ave Maria.

Charles Poerson (1609-1667) : l'Annonciation

Charles Poerson (1609-1667) : l’Annonciation

L’Angélus a été faussement attribué au pape Urbain II prêchant à Clermont la première croisade, en réalité cette prière s’est lentement élaborée depuis le XIe et jusqu’au XVIe siècles.
A partir du synode de Caen, en 1061, se propagea dans les villes l’habitude de faire sonner une cloche en fin de journée, afin de marquer la clôture des travaux et pour appeler les fidèles à la prière avant qu’ils ne se retirassent chez eux. Nulle indication de prière particulière ne semble avoir alors été donnée et ce n’est qu’au XIIIe siècle que le pape Grégoire IX ordonna que l’on priât pour les croisés : Saint Bonaventure demanda aux Frères Mineurs de réciter un Ave Maria (chapitre général de 1269).
C’était alors un usage déjà ancré depuis longtemps dans les habitudes d’un grand nombre de monastères, qu’après les complies, tandis que sonnait la cloche, on fît réciter aux Frères qui n’étaient pas lettrés et aux enfants ou adolescents confiés aux moines pour leur éducation, trois prières – qui devinrent des Ave Maria – tandis que les moines de choeur récitaient  les dernières oraisons latines avant de se retirer dans leurs cellules.
Cette pieuse coutume se répandit dans le peuple, principalement sous l’impulsion des Franciscains. On en trouve la première mention réglementée et enrichie de dix jours d’indulgences, en Hongrie (synode d’Esztergom de 1309).
La récitation vespérale d’un ou de trois Ave Maria était aussi un moyen d’apprendre aux fidèles une formule de prière qui venait seulement d’être achevée dans la forme que nous  lui connaissons aujourd’hui. Aussi, dès le XIVe siècle, les papes l’encouragèrent-ils.
Selon certains auteurs – mais on n’en a pas la preuve absolue – , depuis Carpentras, en 1314, Clément V y attacha dix jours d’indulgence. Mais nous voyons avec certitude que, quatre ans plus tard, en 1318, Jean XXII accorda une indulgence de dix jours à tous ceux qui réciteraient, à genoux, trois Ave Maria en entendant la cloche du soir (sonnerie qui pouvait être ou non distincte de celle du couvre-feu qui existait antérieurement). C’est encore Jean XXII qui introduisit cet usage à Rome par un décret,  scellé le 7 mai 1327, qui fut envoyé à l’évêque Ange de Viterbe, son vicaire à Rome.

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Il semble que ce soit par imitation de l’Angélus du soir que, très rapidement ensuite, l’usage fut adopté dans les monastères de le réciter à la fin de l’office de Prime, c’est-à dire avant de commencer la journée de travail, et cet usage se répandit rapidement dans les paroisses.
C’est Pavie, dès avant 1330, qui aurait été le premier diocèse à adopter l’Angélus du matin, ouvrant la voie à un usage qui devint quasi universel avant que le XIVe siècle ne s’achevât ; en 1390, un bref de Boniface IX à l’adresse du clergé de Bavière recommandait de faire sonner à l’aurore les cloches des églises comme, disait-il, on le fait déjà à Rome et dans toute l’Italie.

C’est encore au cours du XIVe siècle, qu’en de nombreux endroits, pour des raisons locales particulières, on se mit à sonner l’Angélus au milieu du jour, pour inviter les paroissiens à prier. En 1456, fort de cet usage, Callixte III, pour conjurer le danger turc, ordonna, entre none et vêpres, trois Pater et trois Ave MariaLouis XI prescrivit, en 1472, pour tout son Royaume l’Ave Maria de midi pour demander à Dieu la paix pour la France.
Bientôt après Sixte IV appliqua trois cents jours d’indulgence à l’Angélus de midi. Alexandre VI de son côté réaffirma la décision de Callixte III.

Le XVIe siècle va progressivement donner à ces trois prières leur forme définitive, celle que nous utilisons encore : les versets et leurs répons apparaissent dans un catéchisme vénitien de 1560, puis se trouvent reproduits dans un petit office romain de la Sainte Vierge publié sous Saint Pie V (1568).
Benoît XIII recommande vivement la récitation de l’Angélus (14 septembre 1734), et Benoît XIV en porte les indulgences à cent jours (20 avril 1742), à la fin du XIXe siècle un décret de Léon XIII (15 mars 1884) le réglemente à nouveau.
Jean XXIII y a ajouté la récitation de trois Gloria Patri (lettre pastorale au peuple romain du 2 février 1959), auxquels on ajoute encore souvent une prière pour le repos de l’âme des défunts. Dans le recueil des indulgences rénové sous les pontificats de Paul VI puis de Jean-Paul II l’indulgence partielle est accordée à la récitation de l’Angélus.

Jean-François Millet : l'Angélus (1857)

Jean-François Millet : l’Angélus (1857)

Note à propos de l’Ave Maria :
Si la salutation angélique, continuée par les paroles de salutation de Sainte Elisabeth lors de la Visitation, était connue de la liturgie latine depuis Saint Grégoire le Grand, l’Ave Maria qui en découle s’est composé très lentement. Alors que les deux salutations groupées commençaient à être récitées, Urbain IV y aurait ajouté le nom de Jésus et, à partir du XVe siècle, sans qu’on puisse dire avec assurance comment, le dernier paragraphe se serait progressivement mis en place jusqu’à devenir la formule que nous récitons aujourd’hui et qui n’a trouvé sa forme définitive qu’au XVIe siècle, époque où Saint Pie V l’introduisit dans le bréviaire romain (1568).

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